C'est ce qu'elle voyait dans ce givre post-hivernal. Elle rentra alors dans la voiture. Ferma les yeux se laissant envahir par la musique de Yann Tiersen. Le poste de la voiture a toujours eu cette incroyable capacité de contenir LA chanson correspondante à son humeur. Elle regarda Vitry défiler devant elle. Elle avait parcouru ces rues avec lui. Des larmes se battaient sous ses yeux verts. Ce n'était pas forcément des larmes de tristesse. C'était des larmes qui signifiaient qu'une chose avait disparu ; c'était l'amour des souvenirs. Elle hésitait. Etait-elle encore amoureuse ? La probabilité du vide lui faisait-elle peur plus qu'autre chose ? N'était-elle finalement qu'attachée au temps ? Jamais la grisaille Vitriote ne l'avait autant inspirée.
Sa mère la déposa devant le métro. Elle aimait prendre le métro. Elle avait l'impression de faire quelque chose. D'aller quelque part. C'est d'ailleurs paradoxal car le but même du métro EST d'aller quelque part. Mais ici, cela a plus une connotation intellectuelle. Ce n'est pas seulement le corps mais aussi l'esprit qui bouge. Ce besoin d'intellectualiser son voyage sous Parisien démontre bien l'état d'esprit dans lequel elle était : en réflexion sur tout, sur le givre, sur les fossettes, sur Vitry ou sur les rames de métro. Elle était obsédée par lui. Elle avançait, elle avançait... Sans lui. Elle avançait à l'envers finalement.
Il faut maintenant s'en rendre compte.

